jeudi 21 mars 2013

La playlist du décompositeur, n° 1

Pot pourri • Chostakovitch • Cités d'or • Dents de la mer • Grieg • Haneda • Iron Maiden • Mondes engloutis • Pink Floyd • Prokoviev • Sheller


Cela fait longtemps que j'y songeais, sans trop savoir comment construire la chose ni la présenter. Pour le contenu, en revanche, les idées étaient là : vingt ans ont passé depuis que j'ai bricolé mes premières compilations musicales sur cassettes audio pour certains amis — le désir de partager et faire découvrir est intact. Aujourd'hui, la technologie me permet de recommencer.

Il y a donc, bien sûr, de la musique à écouter. À l'aveugle, ou presque : un titre, un genre, rien de plus. Et une liste de mots-clefs (des noms de compositeurs, des titres de films, de dessins animés…) qui permettent de situer les contrées où l'on s'aventure.

Ensuite, si vous le souhaitez, il y a mes petites notices bavardes. Au temps des cassettes, j'en écrivais déjà, d'abondantes. Ici j'ai tenté de me restreindre ; mais pour être sûr de ne pas vous assommer ou (pire) vous dissuader de vous plonger dans l'écoute, ces notices sont dissimulées. À vous de choisir à quel moment vous souhaitez les découvrir et (éventuellement) les lire. Mon conseil serait : après la première écoute. Mais jamais est possible également.

En fin de compte, le plus long aura été la résolution des points techniques soulevés par cette rubrique (trouver un lecteur convivial pour l'écoute des morceaux, trouver un script permettant de masquer les notices, construire la page). Je tiens à remercier Sylvain Chabert pour son aide toujours précieuse.

Une dernière chose : ces morceaux ne sont pas destinés au téléchargement. Je compte sur vous pour n'en faire aucun usage contraire à la loi. Ils sont en ligne de façon temporaire, jusqu'à la prochaine édition de cette liste d'écoute.

Faites-vous plaisir, et à bientôt.


1. Toccata Afficher/masquer la notice
2. Découverte de l'Orca Afficher/masquer la notice
3. Vers le nouveau monde Afficher/masquer la notice
4. Prinsessen Afficher/masquer la notice
5. Le Grand Héritage Afficher/masquer la notice
6. La Salle de commande Afficher/masquer la notice
7. Introduction & danse Afficher/masquer la notice
8. Cantilène Afficher/masquer la notice
9. Interstellar Overdrive Afficher/masquer la notice
10. Remember Tomorrow Afficher/masquer la notice

lundi 4 mars 2013

Les sept morts d'Albator

En janvier 1980, la série animée Albator le corsaire de l'espace (宇宙海賊キャプテンハーロック, Uchû Kaizoku Captain Harlock, 1978) commence à être diffusée en France. Immédiatement, elle fait l'événement et devient, à égalité avec Goldorak, Candy et Capitaine Flam, emblématique du succès remporté par le dessin animé japonais sur le petit écran de la télévision publique hexagonale, succès qui alimente toutes les polémiques (par voie de presse, on fera à ces dessins animés le procès tantôt de la niaiserie, tantôt du facisme).

Albator est sans doute à la fois la meilleure et la plus intéressante série de cette tétrade. Son réalisateur, Rintaro, s'illustrera vingt ans plus tard en signant l'excellent long-métrage animé Metropolis (2001), d'après Tezuka. Mais lorsque la série arrive en France, elle passe dans plusieurs moulinettes, celle de la censure (qui peut se discuter) et celle de la bêtise (contre laquelle on ne peut rien).

Première mort

Plan censuré de l'épisode 30
En 1980, Albator le corsaire de l'espace est diffusé dans le cadre d'une émission destinée à la jeunesse, Récré A2. La tranche d'âge visée par l'émission est large mais même pour les spectateurs les plus âgés, la télévision a mission de service public et cela implique un contrat implicite avec les parents : quand vous les laisserez devant cette émission, vos enfants ne verront rien que vous puissiez considérer comme choquant — ni images violentes, ni propos graveleux, ni scènes à connotations sexuelles. Par précaution, il pouvait donc arriver que l'on rabote un peu ce qui pouvait donner lieu à discussion, et sans doute le débat sur la violence dans Goldorak a-t-il contribué à cette relative prudence. Albator le corsaire de l'espace n'a donc pas été diffusé dans son intégralité mais avec un certain nombre de coupes, souvent brèves, portant généralement sur des images de mort violentes (mais pas uniquement), ou sur des éléments pour lesquels il est difficile de trouver une explication. C'est la première mutilation de l'œuvre, la première mort d'Albator.

Deuxième mort

À la censure (que l'on peut justifier) s'ajouter la bêtise quand, sans doute pour des raisons rien moins que vénales, un compositeur réussit à convaincre le diffuseur de refaire toute la bande-son du dessin animé en remplaçant les musiques japonaises par des compositions de son cru. Pour le diffuseur, ça ne change rien. Pour l'auteur des musiques françaises, c'est le jackpot puisqu'à chaque épisode diffusé, des droits tombent ! Et pour que ce tour de passe-passe soit le plus rentable possible, il suffit de s'y mettre à trois, d'écrire un petit stock de musiques en quelques jours (quelques heures ?…), d'enregistrer tout ça à la va-vite et de retourner à ses petites affaires en attendant de recevoir le premier chèque.

La BO française d'Albator
est sortie en CD en 1998.
Je grossis le trait ? Peut-être. Pourtant, la bande-son française d'Albator le corsaire de l'espace est un véritable naufrage musical, le sabordage pur et simple d'une grande série. À la partition ample et inventive de Seiji Yokoyama, nos trois Français substituent quelques feuillets d'une indigence et d'une tristesse qui a pu échapper au jeune spectateur d'alors mais que l'on ne peut plus ignorer aujourd'hui.

Les coupables de ce crime esthétique se nomment Éric Charden, Guy Matéoni, et Caravelli. Que la chanson du générique, du même Charden (sur un texte co-écrit avec Didier Barbelivien), soit restée gravée dans beaucoup de mémoires au point de devenir culte, loin d'excuser l'entreprise, la rend plus scandaleuse encore.

En avril 2012, lorsque Éric Charden décède, les nombreux fans de dessins animés qui lui ont rendu hommage ont pudiquement omis de rappeler qu'il s'était ainsi rendu complice du plus grand massacre musical de l'histoire du dessin animé. Tué par la nullité musicale, c'est la seconde mort d'Albator.

Troisième mort

De façon assez incompréhensible, la série, en dépit d'un succès qui élève son héros au rang de mythe, tombe aux oubliettes : pour assister à sa première rediffusion, il faut attendre sept ans (M6, 1987) et pour la suivante, quinze ans de plus (France 3, 2002). De leur côté, Goldorak, Candy et Capitaine Flam sont maintes fois rediffusés et dix ans après leurs débuts, servent encore de locomotives au démarrage du Club Dorothée lorsqu'en 1988, une TF1 nouvellement privatisée lance une razzia sur le public jeunesse en proposant une grille de programmes démultipliée destinée à tuer la concurrence. Albator, lui, hormis une seconde série (Albator 84) inférieure à l'originale, disparaît des écrans. C'est sa troisième mort.

Quatrième mort

En 1997, le jeune éditeur AK vidéo, fort du succès remporté par l'édition en cassettes VHS des séries animées Cobra et Les Mystérieuses cités d'or, tente un coup hasardeux en proposant une première cassette d'Albator le corsaire de l'espace… en version originale sous-titrée. Pour la première fois, le spectateur français accède à l'œuvre de Rintaro et Matsumoto sous sa forme originelle, avec sa partition musicale japonaise. Mais le fan français, jeune trentenaire qui rêve de ranger dans sa vidéothèque ses souvenirs de jeune spectateur, est sans doute déconcerté, car Albator en VO, ce n'est pas le même dessin animé ; la mémoire fixe au moins autant les voix des personnages que leur présence physique à l'écran. Après 4 volumes parus, AK interrompt la collection. Il faudra attendre quinze années pour que cette version originale soit à nouveau proposée au public français. Albator qu'on a cru voir ressucité vivait sa quatrième mort.

Cinquième mort

Un an plus tard, AK vidéo corrige le tir et propose, toujours à l'unité, les premières cassette d'Albator le corsaire de l'espace en version française. Le succès est évidemment au rendez-vous (au point que l'éditeur publiera peu après la série Albator 84), la version française d'Albator (avec ses coupes et sa musique indigente) renaît. Elle verra assez vite les honneurs d'une intégrale en coffrets. Pour l'occasion, les épisodes qui n'avaient jamais été diffusés à la télévision sont doublés et Éric Charden commet un nouveau générique que je m'abstiendrai de commenter. C'est la cinquième mort d'Albator.

L'extraordinaire édition DVD tronquée

Sixième mort

En 2000, AK vidéo propose l'intégrale de la série en DVD. La technologie a évolué plus vite que l'offre éditoriale : les DVD contiennent exactement la même chose que les cassettes, c'est-à-dire la version française et rien de plus. Sony, sous un packaging différent, propose un coffret DVD au contenu identique, vendu dans les grandes surfaces et les enseignes non spécialisées. Pendant les onze années qui suivent, cette version sera à maintes reprises servie, resservie, repackagée, remasterisée, repackagée de nouveau, au point que l'éditeur lui-même ne s'y retrouve plus et met en vente, en 2008, une édition DVD tronquée où les sept derniers épisodes sont oubliés par erreur. C'est la sixième mort d'Albator.

Septième mort

Plan censuré de l'épisode 36
En octobre 2012, TF1 vidéo propose une nouvelle édition DVD censée faire date, qui contient l'intégrale de la série dans sa version française et sa version originale sous-titrée. La fièvre s'empare de l'amateur : enfin, les scènes coupées ou raccourcies depuis 1980 seront là ! Mais les espoirs sont immédiatement déçus. Oui, le coffret propose l'intégralité de la série en VF et VOST. Mais non, la VO n'est pas intégrale : les coupes effectuées en 1980 sont présentes sur la version originale. Pourquoi ? sans doute parce que les masters fournis par le producteur japonais pour l'édition DVD sont les mêmes que ceux fournis à la télévision française en 1979, et que ces coupes ont été effectuées par lui pour adapter la série aux demandes du client français. Paradoxe ? au même moment, la série était diffusée au Québec, en langue française donc, et sans aucune censure. À quel moment et par qui les coupes ont-elles été effectuées, c'est un mystère qui demeure, mais quand on sait que la série a bénéficié, au Japon, d'une édition DVD impeccable qu'il aurait suffi de sous-titrer, on enrage. En 2012, on peut enfin choisir entre la soupe chardenienne et la symphonie de Seiji Yokoyama, mais voir à l'écran ce chaste baiser échangé par Albator et Jasmine, il ne faut pas y songer. In memoriam.

© Hervé Lesage de La Haye, 2013.

Sources
Plans censurés : http://captainherlock.free.fr/index.php?page=24
Jaquettes VHS : http://www.luniversdetochiro.com/vhs_detail.php?s=3