vendredi 2 décembre 2016

Rencontre avec Olivier Fallaix

Homme de mots, de sons et d'images, Olivier FALLAIX s'est distingué comme l'un des acteurs les plus durablement présents et les plus actifs dans le domaine du dessin animé japonais en France, depuis ses premières interventions à la radio, à la fin des années quatre-vingt, jusqu'à son activité récente dans le domaine de la S-VOD, depuis le 36-15 TOON jusqu'à l'animation de divers forums, en passant par le magazine de référence AnimeLand qu'il a vu naître puis dirigé, et l'éditeur vidéo IDP pour qui il a réalisé l'édition d'innombrables séries cultes, sans oublier la création du label musical Loga-Rythme. Année après année, il a pris une part active dans le processus de professionnalisation du fandom, les amateurs d'hier se faisant une place dans les entreprises d'aujourd'hui.

Alors qu'il travaillait comme éditeur pour IDP Home Video, il est chargé, fin 2004, de réaliser une réédition ambitieuse d'Ulysse 31 en DVD, proposant à la fois une image restaurée et de nombreux contenus inédits. Cette « édition Premium », avec ses qualités et ses défauts, est un jalon dans l'histoire mouvementée de l'exploitation d'Ulysse 31 en vidéo. Douze ans plus tard, cette belle édition, épuisée, se vend au prix fort, signe qu'elle n'a pas encore été surpassée. En cette année d'anniversaire pour Ulysse 31, il est temps de revenir sur les conditions dans lesquelles ces coffrets ont été réalisés et ce qu'il devaient contenir initialement...

Je vous invite à rencontrer Olivier Fallaix, d'abord refaisant avec lui son parcours depuis le tout début, puis détaillant la genèse de l'édition Premium d'Ulysse et les difficultés rencontrées, et enfin revenant sur feu le label Loga-Rythme et le contexte qui a conduit à la première édition en CD de la bande originale d'Ulysse 31.


I. Parcours

Bonjour Olivier, quel est votre parcours et votre lien avec l'animation japonaise ?

Je suis né à Lyon en 1969. Pour moi, tout a commencé avec Goldorak : on en parlait à la récré, je ne connaissais pas, j'ai eu envie de regarder. Évidemment, ç'a été un choc et je suis devenu fan. Mais juste après, j'ai découvert La Bataille des planètes, qui est vraiment devenue ma série préférée. Jusqu'à l'arrivée des Mystérieuses cités d'or, puis de Cobra et de toutes ces séries diffusées dans Récré A2 ou Les Visiteurs du mercredi.

Quelles études avez-vous faites ?

J'ai un DUT de génie électrique et informatique industrielle. Rien qui ait un rapport direct avec l'animation ! Cela correspond à une brève période de ma vie où je me suis éloigné du dessin animé. À cette époque, regarder des dessins animés quand on avait 16-18 ans semblait un peu honteux. J'ai décidé de m'en détacher, à contrecœur… mais cela n'a pas duré !

Que s'est-il passé ensuite ?

J'ai débuté sur la radio SuperLoustic à Lyon, en 1989. Comme auditeur, j'avais remarqué qu'ils ne passaient jamais certains génériques. J'ai donc commencé par leur apporter le disque des Mystérieuses cités d'or, qu'ils n'avaient pas, et très vite j'ai trouvé ma place à l'antenne. À l'époque, à Lyon, j'étais le seul dans l'équipe à m'intéresser autant aux dessins animés, notamment japonais.

En septembre 1989, SuperLoustic prend de l'ampleur et devient un projet de réseau FM national, c'est le moment où je monte à Paris. J'anime alors un rendez-vous hebdomadaire sur le dessin animé. À paris, je découvre les librairies japonaises, j'achète des disques japonais en import, c'est le bonheur. Je reste jusqu'à la fin de SuperLoustic, en septembre 1992.

Je crée ensuite le service minitel « 36 15 TOON » sur le dessin animé. Pour le magazine JoyPad, j'écris quelques articles sur le manga. Et sur RMC, j'anime une émission hebdomadaire avec d'autres anciens de SuperLoustic.

Surtout, au même moment, j'ai eu la chance de faire partie de l'équipe d'AnimeLand dès le début, alors que ce n'était qu'un fanzine, d'abord pour la rubrique audio où j'ai chroniqué les sorties CD. J'ai commencé à être payé en 1996, lorsque le magazine s'est professionnalisé.

Comment en venez-vous à travailler dans l'édition vidéo ?

Parallèlement à tout le reste, j'ai travaillé ponctuellement pour plusieurs éditeurs vidéo comme maquettiste PAO, pour réaliser des jaquettes de VHS et de DVD. Sur la première édition DVD des Cités d'or, chez AK Vidéo, je me suis également chargé de l'interview avec Bernard Deyriès, qui était un bonus intéressant.

J'ai commencé à travailler pour IDP en réalisant les jaquettes de leurs tout premiers DVD, celles de Capitaine Flam et Tom Sawyer, fin 1998 ou début 1999. Ensuite, tout en continuant à réaliser la PAO, j'ai pris en charge plusieurs projets. On m'a demandé de m'occuper de la version française de Conan le fils du futur. Dans un premier temps, nous avons repiqué la VF d'origine depuis des VHS mais la qualité n'était pas satisfaisante. J'ai donc proposé à IDP de produire un nouveau doublage avec les mêmes comédiens. Plus tard, je me suis chargé des VF pour Lupin III, avec Philippe Ogouz, que je connaissais un peu. Travailler avec de tels comédiens a été un grand plaisir.

À l'époque, quelles étaient les meilleures ventes de DVD parus chez IDP ?

Les trois séries qui se sont le mieux vendues, loin devant les autres, sont Capitaine Flam, Tom Sawyer et Bouba. Signé Cat's Eyes a également rencontré un bon succès.

Comment évoluez-vous ensuite ?

Jusqu'en 2004, IDP était une petite structure menée à bout de bras par Yves Huchez et son épouse. En 2005, IDP grossit, il y a alors dix employés, et la société aide Japan Expo à se professionnaliser. C'est le moment où je m'éloigne un peu.

Presque au même moment, en décembre 2005 précisément, Yvan West Laurence, le rédacteur en chef historique d'AnimeLand, souhaite prendre du recul et me propose de lui succéder à son poste. J'arrête alors tous mes travaux extérieurs, notamment pour IDP, pour prendre les commandes du magazine en janvier 2006 et j'y reste jusqu'en 2013. Cette année-là, AnimeLand traverse une crise terrible, la société fait l'objet d'un plan social et je suis remercié en décembre.

Depuis l'été 2014, je travaille pour Crunchyroll, service mondial de SVOD, qui fournit de la vidéo à la demande par abonnement et dont je suis le principal correspondant français.


II. Ulysse 31, l'édition Premium

Venons-en à l'édition « premium » d'Ulysse 31 en DVD. Qui a dirigé ce projet ?

C'est Yves Huchez, gérant d'IDP, qui en était responsable éditorial et c'est moi qui étais en charge du projet.

Quelle était votre ambition initiale ?

Nous voulions faire une très belle édition, riche en bonus pour comprendre la genèse de la série, avec une image remasterisée et un packaging haut de gamme, proposant des livrets richement illustrés avec une analyse de chaque épisode.

Il était prévu que chacun des six disques de cette édition contienne un bonus exclusif. Le premier disque devait contenir l'épisode pilote, tandis que les cinq disques suivants devaient chacun contenir une interview filmée avec les cinq personnes ayant joué un rôle majeur dans la genèse et la production d'Ulysse 31 : Jean Chalopin, Nina Wolmark, René Borg, Bernard Deyriès et Shingo Araki.

Avez-vous envisagé de réaliser une sorte de grand « making of » dans lequel ces entretiens auraient été entremêlés, avec des documents d'époque et des extraits de la série ?

Non, pour une raison simple. Il nous a semblé que prévoir un tel documentaire comportait surtout le risque de tout compliquer : chaque intervenant aurait eu un droit de regard sur le montage, donc le moindre désaccord sur les propos tenus par un autre intervenant aurait pu bloquer le documentaire dans sa totalité. Il faut se rappeler qu'Ulysse, c'est aussi une série sur laquelle il y a eu des mésententes, des conflits, dont il reste des traces encore aujourd'hui. Nous avons donc très vite décidé que chaque interview serait montée séparément, comme un petit film autonome.

Entretien filmé avec René Borg
dans l'édition Premium d'Ulysse 31
Tout ne s'est pas passé comme prévu.

Des contacts ont été pris pour réaliser les cinq entretiens. Celui avec René Borg a été tourné le premier. Devait venir ensuite un entretien avec Bernard Deyriès, dont la date était même fixée, ce dernier finalement annulé la veille du tournage, pour des raisons que je ne m'explique pas encore aujourd'hui. C'est là que tout le reste a définitivement capoté.

Vous avez eu un contact avec Jean Chalopin ?

Oui, mais à un certain moment, le contact a été rompu, c'est resté sans suite.

Et avec Nina Wolmark ?

J'avais eu un contact fructueux avec elle lorsque j'ai préparé le disque de la BO des Mondes engloutis pour le label Loga-Rythme. Mais pour l'édition Premium, c'était compliqué, j'ai senti une méfiance, ou en tout cas une réticence. Comme nous n'avions plus grand monde, je n'ai pas souhaité donner suite.

Comment expliquez-vous ces désistements successifs ? Comment les avez-vous vécus ?

Je les ai mal vécus, bien sûr, car ils ont malheureusement empêché l'édition définitive dont nous rêvions de voir le jour. Je les explique par une raison simple, même si elle est un peu rageante : IDP a souvent pâti de la mauvaise réputation associée au nom de Huchez, même si Yves Huchez a toujours gardé ses distances avec son oncle, Bruno-René Huchez, dont on peut dire sans porter de jugement qu'il est à l'origine de cette réputation sulfureuse. Pour beaucoup de gens avec qui nous avons voulu travailler, donc, le fait qu'IDP soit dirigé par un Huchez posait, en soi, un problème. Cela peut expliquer les refus de répondre à un entretien pour cette édition premium, je pense.

Restait Shingo Araki…

Oui. Le principe d'une interview filmée semblait moins naturel pour lui que pour nous, Français. Les Japonais n'aiment pas beaucoup se montrer. Nous avons finalement fait une interview écrite avec lui et Michi Himeno, qui se trouve dans le livret.

Comment s'est passé l'achat des droits pour la série elle-même ?

Très simplement. À l'époque, c'était le groupe Saban qui détenait les droits d'exploitation de l'ensemble du catalogue de la DIC, y compris Ulysse 31. Nous avons passé un accord avec Saban International Paris (SIP), la filiale française de Saban, qui le transmettait aussi à TMS, studio qui a réalisé Ulysse 31 et détenteur des droits pour le Japon.

Quels ont été les masters utilisés et quelle était leur provenance ?

Nous avions deux sources différentes, un master Saban identique à celui de l'édition DVD précédente et un master plus ancien fourni par l'Ina. Les deux sources étaient sur support vidéo (bandes 1 pouce). Sur les bandes de l'Ina, on retrouvait enfin les écrans-titres sur fond de nébuleuse qui manquaient cruellement sur les master Saban et sur nos précédents DVD.

Avez-vous fait appel à TMS pour fournir un nouveau master ?

Non, car cela aurait été un coup au hasard : nous aurions fait venir du Japon, à grands frais, un matériel d'une qualité incertaine. Par ailleurs, le master vidéo de l'Ina n'était pas exempt de défauts, mais il nous a apparu nettement supérieur au master Saban déjà utilisé précédemment.

Pourquoi le générique est-il d'une qualité très différente des épisodes eux-mêmes ?

Ce sont des souvenirs anciens, mais je crois me souvenir que nous avons utilisé une source différente pour le générique et pour les épisodes ; le master Ina pour les épisodes et le master Saban pour le générique, de mémoire parce que le générique était trop abîmé sur le master de l'Ina.

Quel regard avez-vous porté sur la qualité de l'image obtenue pour cette édition ?

Un test de restauration avait été fait depuis un même extrait pioché dans chacun des masters. C'était difficile de prendre une décision car il y avait des avantages et de défauts de chaque côté. Une image était plus nette, tandis qu'une autre avait de plus belles couleurs. Cependant, nous sommes tombés d'accord sur les masters de l'Ina. Le résultat était meilleur et suffisamment concluant pour justifier une réédition de qualité.

A-t-il été question, à un moment, d'inclure la version japonaise pour l'intégralité de la série ?

Nous l'avons envisagé brièvement, oui, mais cela représentait des coûts énormes et il n'était pas certain que le public allait nous suivre : Ulysse 31 est une série écrite en français, qui donc allait vraiment visionner la série complète en japonais ? Par ailleurs, ajouter une deuxième bande-son sur les 26 épisodes, cela représentait à la fois un coût pour l'achat des droits, pour le rapatriement de toute la série sur bandes 1"C depuis le Japon, pour la numérisation de 26 épisodes en japonais, pour l'authoring des DVD… Nous n'étions même pas certains que le montage image était exactement le même que pour la version française ; cette vérification aurait elles aussi un coût, sans parler des difficultés techniques si les montages étaient effectivement différents.

Nous avons mis tout cela dans la balance, et TMS, après discussion, a proposé de nous fournir un épisode. Nous avons jugé que c'était suffisant. Lorsque nous avons reçu la bande vidéo, la grosse surprise, ce fut de découvrir ce premier épisode avec les musiques originales de Denny Crockett et Ike Egan, alors que nous pensions recevoir la bande-son refaite avec les musiques de Kei Wakakusa !
L'épisode pilote d'Ulysse 31 reste, à ce jour, inédit en DVD

Pourquoi le fameux épisode pilote est-il absent cette édition ?

René Borg nous a dit qu'il avait le pilote. Il était même prêt à nous en fournir une cassette, mais celle-ci était enregistrée dans un format ancien que nous nous pouvions pas lire (peut-être un U-Matic ou un Betamax). Parallèlement, Saban International Paris (SIP) qui nous vendait les droits de la série n'a pas su nous dire s'ils étaient dépositaires des droits du pilote : ils n'en savaient rien. Ils n'ont pas pris le risque d'autoriser la diffusion d'un film qui n'était pas dans leur catalogue.

Et TMS ?

Concernant le pilote, leur réponse a été très simple : « Si Saban vous dit qu'ils n'ont pas les droits, nous ne pouvons rien de plus. » Effectivement TMS n'avait pas la possibilité, légalement, de nous vendre des droits d'exploitation d'Ulysse 31 directement. Nous étions coincés.

Vous n'avez donc même pas visionné cette cassette ?

Non, car pour cela, il aurait fallu commencer par la faire transcoder dans un autre format et cela représentait un investissement. Nous l'aurions fait si nous avions eu la certitude de pouvoir l'exploiter ensuite.

C'est une histoire ubuesque. Quelle morale peut-on en tirer ?

Je pense qu'on aurait du mettre ce pilote, sans rien demander à personne ! Je suis persuadé que personne n'aurait protesté. Parfois, à vouloir trop bien faire, on se retrouvé bloqué. Après, cette décision appartenait surtout à IDP. Il y aurait eu un risque de procès ou simplement une demande d'interdiction de commercialisation.

C'est ce qu'on a fait avec le clip de Nono, sur l'édition Premium. Cherchez bien, il est caché sur le cinquième disque, si je me souviens bien ! Nous l'avons donc inclus discrètement sans rien demander à personne car nous savions que nous n'aurions eu que des refus, ou plutôt, que nous ne réussirions jamais à trouver l'interlocuteur qui détenait les droits.

Illustration originale de Jérôme Alquié pour l'édition Premium

Au total, combien de temps de préparation a demandé cette édition ?

Le volume 1 est sorti en mars 2005, après 4 à 6 mois de travail. J'ai retrouvé quelques dates : les textes du livret ont été prêts en décembre 2004, l'interview de René Borg a été tournée en novembre/décembre 2004, j'ai rendu la maquette des jaquettes en janvier.

Qui a illustré les jaquettes des deux coffrets ?

Afin de ne pas ré-utiliser les mêmes sempiternelles images, nous avons commandé quatre dessins grands format à Jérôme Alquié, qui est le meilleur pour réaliser des illustrations originales respectant pleinement les graphismes d'une série, dans une mise en scène qui est sa création pleine et entière. Esthétiquement, les deux coffrets m'ont semblé très réussis.


III. Loga-Rythme

Parlez-nous de votre travail pour le label Loga-Rythme…

Loga-Rythme, c'était vraiment mon bébé. C'est Yves Huchez et moi qui avons monté ce label : il s'occupait de l'aspect financier et de la distribution et moi, des choix d'édition, du mastering et des livrets. Cela me ramenait à mes premières amours, les bandes originales de dessins animés que je diffusais à la radio. J'étais très enthousiaste.

Quelles difficultés avez-vous rencontrées ?

Lorsque nous avons préparé notre toute première compilation de génériques, les Succès Saban, nous avons évidemment pris contact avec l'antenne parisienne de Saban pour demander du matériel, mais ils nous ont répondu qu'ils n'avaient rien. C'est un problème qui s'est présenté à de nombreuses reprises : les grosses boîtes sont toujours d'accord pour vendre les droits de leur catalogue musical, mais sont incapables de fournir des masters ! La plupart du temps, vous discutez avec des personnes qui sont là depuis peu de temps et ne connaissent absolument pas les séries ni les musiques dont vous parlez. Partir à la recherche de vieilles bandes, ça ne les intéresse pas du tout.

Parfois, les bandes n'existent même plus…

Absolument. Il faut bien avoir en tête que la conservation coûte cher : il faut des locaux aménagés pour, avec des conditions de température et d'hygrométrie particulières, et les bandes, ça prend rapidement beaucoup de place. Pour ces raisons, il n'est pas rare que d'anciennes bandes soient réutilisées pour enregistrer de nouvelles choses par dessus : ça économise de l'espace de stockage. Et quand il y a un problème de place, que fait-on ? On regarde dans le catalogue quelles sont les bandes qui n'ont pas été demandées depuis plus de cinq ans, par exemple, et hop ! on les jette à la poubelle.

Y a-t-il eu, néanmoins, de bonnes surprises ?

Pour la première compilation des génériques Saban, donc, j'avais sorti ma collection de vinyles et nous avons apporté tout ça à l'ingénieur du son. Quand il a vu mes disques, il nous a dit : « Mais pourquoi vous vous embêtez à prendre les vinyles au lieu d'utiliser les bandes ? » Nous nous sommes alors aperçu que lui, il savait où les trouver car il était dans le métier depuis longtemps et ces bandes, il les avait vues peu de temps auparavant ! Il savait exactement où aller, dans quelle armoire, etc., ce que les gens de chez Saban ne savaient pas eux-mêmes.

Finalement, c'est avec les interlocuteurs les plus modestes que les choses se sont le mieux passées. Avec Procidis, par exemple, pour les BO des séries Il était une fois…, ç'a été très simple et le contact a vraiment été excellent. Sur place, vous avez des gens qui connaissent les séries en question et qui savent où trouver les éléments. Même chose avec Vladimir Cosma pour la BO des Mondes engloutis : il nous a accueilli chez lui, où il a une petite pièce où toutes ses bandes sont entreposées et classées méticuleusement. Là, pas de mauvaise surprise possible !


Il faut maintenant évoquer le fameux CD d'Ulysse, qui a tellement déçu…

Clairement, le CD qui est finalement sorti, ce n'était pas le CD que je voulais faire. Mais c'était ça ou rien. Pour la bande originale d'Ulysse 31, Saban n'avait en France que les génériques. Nous savions que, peut-être, les BGM se trouvaient aux USA mais où ? Comment s'en assurer ? On ne pouvait pas s'offrir trois mois de voyage là-bas pour faire un travail d'archéologue sans garantie de ne pas rentrer bredouilles… surtout quand on voit qu'à Paris, rien que pour des génériques, c'était déjà mission quasi impossible…

Je me suis donc personnellement occupé de reconstituer les musiques à partir de la bande internationale (qui ne contient que les musiques et les bruitages), que Saban a pu nous fournir, et je peux vous dire que ç'a été un travail de fou.

Avez-vous envisagé de ne pas le sortir ?

La question s'est posée, oui. Nous en avons parlé avec Yves Huchez. Nous avions acheté les droits, et du côté des fans, l'attente était énorme… il était difficile de ne rien sortir du tout. Au risque de décevoir, nous nous sommes lancés. Le disque a suscité des réactions très contrastées mais je pense que nous avons été honnête en expliquant clairement la démarche. Au final, il s'est tout de même vendu.

Quand avez-vous été en contact avec Laurent Dobbelaere ?

J'avais entendu parler de cet inconnu qui disait à qui voulait l'entendre qu'il avait retrouvé les masters des musiques d'Ulysse 31 et qu'il y avait accès. Pourquoi le croire ? J'étais franchement sceptique. Jusqu'à ce jour, à Japan expo de 2002, où Laurent est venu me trouver sur le stand de Loga-Rythme, m'a tendu des écouteurs et m'a fait entendre des extraits… J'étais stupéfait. Je lui ai proposé de ressortir le CD avec lui, mais il n'a pas donné suite. J'ai su ensuite qu'il souhaitait le faire lui-même.

Y a-t-il eu d'autres cas similaires ?

Bien sûr. Toutes les BO des séries de la DIC, époque Saban, posaient le même problème : les bandes sont introuvables ou considérées comme perdues. Pour les Cités d'or, nous avons eu la chance de pouvoir éditer les musiques réenregistrées par Yannick Rault : j'avais trouvé son travail bluffant et je lui ai proposé de l'éditer. Il a alors tenu à tout refaire !

Nous avons aussi pensé éditer les musiques de Jayce et les conquérants de la lumière… Hélas, sans aucun master, il aurait fallu faire le même travail qu'avec Ulysse. Je l'ai envisagé, pendant un temps. Je pense que cela aurait été encore plus difficile et moins satisfaisant, car dans la bande-son de Jayce, les bruitages sont beaucoup plus présents et fondus avec la musique que dans Ulysse. Nous avons renoncé.

Merci beaucoup, Olivier.

(Entretien réalisé à Paris, le 12 octobre 2016.)

© Hervé Lesage de La Haye, 2016.

 
Références, sources & liens :
— Critique de l'édition premium d'Ulysse 31 :
http://ulysse31.saitis.net/cassvideo.htm#Les%20coffrets%20DVDs%20Edition%20Premium
— Critique de la BO d'Ulysse 31 parue chez Loga-Rythme :
http://ulysse31.saitis.net/disques_cd.htm#CD Loga-Rythme
— Interview d'Olivier Fallaix décrivant son travail chez Crunchyroll :
http://www.mangamag.fr/dossiers/coin-du-guest/coin-guest-6-olivier-fallaix-crunchyroll/
— Portrait au moment de son arrivée à AnimeLand :
http://www.animeland.fr/dossier/olivier-fallaix/
— Olivier Fallaix annonce son départ d'AnimeLand :
http://www.animeland.fr/2013/12/20/au-revoir-a-bientot/
— Les archives du 35-15 TOON :
http://japon.canalblog.com/archives/p3-3.html#34084423

mardi 11 octobre 2016

Ulysse 31 : une deuxième copie du pilote en français retrouvée

Il y a un peu plus d'un an, j'étais heureux de vous annoncer la découverte d'une copie de l'épisode pilote d'Ulysse 31 dans sa version française, qui était considéré comme définitivement perdu. Il s'agissait d'une cassette VHS dénichée dans la collection d'un particulier, qui m'en avait gracieusement fourni un report sur DVD. En commentant cette découverte, je signalais que malheureusement, un petit morceau de l'épisode ne comportait pas du tout de son. Cette anomalie d'une vingtaine de secondes gâchait l'un des plus beaux moments de l'épisode, celui où Zeus énonce sa sinistre malédiction.

En cette année d'anniversaire pour Ulysse 31, je suis donc particulièrement fier de vous dire que j'ai trouvé, cette année, une deuxième copie de ce pilote, dont la bande-son est cette fois absolument complète. Il s'agit, à nouveau, d'un report sur cassette VHS trouvé dans les archives d'un particulier. La bande est de qualité correcte pour un support vieux de trente ans ; l'image souffre de traits parasites mais les couleurs sont belles, plus que dans la copie de 2015 et dans la copie japonaise de 2007. Cet enregistrement est daté de 1984, ce qui ne laisse pas d'étonner : quatre ans après avoir été jeté aux orties, ce pilote intéressait donc encore et il en existait un master accessible. Tous les mystères qui entourent cet épisode abandonné ne sont pas levés...

Je maintiens ma position de l'année dernière, à savoir :
— je ne détiens pas les droits de ce film, je ne prendrai donc pas la responsabilité de le lancer sur Internet sachant qu'aucun retour en arrière ne serait alors possible ;
— je vais poursuivre le travail consistant à faire connaître ce pilote pour encourager les ayants-droit à en autoriser, un jour, une restauration et exploitation dans le cadre d'une réédition de la série tout entière ;
— pour les mêmes raisons, les extraits sont donnés dans une définition faible, en espérant que vous me pardonnerez.

(Ne rêvez pas, la numérisation de la VHS donne une image à peine meilleure. Pour découvrir un jour ce film tel qu'il devrait être, il faudra partir de la pellicule 35mm d'origine, sans doute conservée au Japon.)

Pour fêter cette bonne nouvelle, et pour souhaiter un bon anniversaire à Ulysse 31, je vous offre un nouvel extrait tiré du tout début : l'anniversaire de Télémaque, tiré du master 2016.

À Ulysse et à vous tous qui suivez ses aventures depuis octobre 1981, je souhaite un joyeux anniversaire !

 
© Hervé Lesage de La Haye, 2016.


mercredi 5 octobre 2016

Les premières diffusions d'Ulysse 31

 
Pour Séverine et Jean-Christophe.



Le samedi 3 octobre 1981, le tout premier épisode d'Ulysse 31 était diffusé pour la première fois à la télévision française. Ulysse a donc 35 ans ! À l'occasion de cet anniversaire, je vous propose de revenir en détail sur les dates et les conditions de diffusion d'Ulysse 31 de 1981 à 1987.


Le rouleau compresseur passe à 19h55

Ulysse 31 existe sous deux formes, qui ont longtemps été diffusées de façon concomitante :
— une série de 26 épisodes de 26 minutes (dans la réalité, les épisodes font, en français, entre 24 et 25 minutes chacun) ;
— une série de 156 épisodes de 5 minutes (chaque épisode de 26 minutes étant découpé en six micro-épisodes qui transforment chaque histoire complète en un feuilleton quotidien).

En 1981, pour sa première apparition à l'écran, la série s'empare d'une case de diffusion hautement stratégique : chaque soir, du samedi au vendredi (excepté le dimanche), un épisode de 5 minutes est diffusé à 19h55 sur la chaîne FR3. Cela permet aux enfants de regarder leur dessin animé puis aux parents de poursuivre sur une autre chaîne avec le journal de 20 heures ; ou encore, cela permet aux enfants de s'emparer du poste pendant les quelques minutes qui précèdent le début du journal sans gêner personne. Cette case, qui existe depuis 1978 et disparaît en 1988, a permis le succès de nombreuses séries animées comme Il était une fois… l'homme, Les Aventures de Tintin (la version ancienne produite par le studio Belvision), Il était une fois… l'espace, Inspecteur Gadget, Lucky Luke, Les Entrechats on encore Il était une fois… la vie.

Ulysse 31 est la seule de ces séries, avec Il était une fois… l'homme, à avoir eu l'honneur de trois diffusions dans ce créneau à l'époque incontournable et convoité. C'est significatif à la fois de la confiance insolente de son diffuseur FR3 et des scores d'audiences exceptionnels qui venaient à chaque fois confirmer cette confiance.

Parallèlement, chaque histoire complète est diffusée d'une traite en un épisode de 26 minutes à la fin de chaque semaine, le samedi après-midi. Cela permet aux spectateurs qui auraient raté l'un des six micro-épisodes de tout revoir et aux autres de revoir avec plaisir le feuilleton de la semaine.

La toute première diffusion d'Ulysse 31 est donc double : pendant six mois, on peut voir chaque histoire soit en six parties chaque soir de la semaine, soit en une seule partie le week-end… soit les deux. Le samedi, après avoir vu la rediffusion des six épisodes de la semaine, on peut voir le premier chapitre (ou micro-épisode) de la semaines suivante (il faut, ensuite, attendre deux jours pour voir le second chapitre).

Lors de cette première saison, le succès est si considérable que FR3 décide de mettre à profit la première semaine des vacances scolaires de Noël pour proposer une rediffusion partielle de la série depuis le début, alors que celle-ci est très loin d'être terminée. Pendant une semaine, donc, chaque jour, les sept premiers épisodes de 26 minutes sont à nouveau proposés. Ainsi, les spectateurs qui auraient pris le train en route, le temps que le bouche à oreille ait fait son travail, ont pu découvrir le début de la saga. La diffusion habituelle n'en est pas pour autant arrêtée : chaque jour de la semaine on peut donc revoir l'un des premiers épisodes complets à 15h, puis poursuivre le feuilleton quotidien à 19h55. Le samedi 26 décembre, ce ne sont pas deux mais trois apparitions d'Ulysse 31 qui rythment la journée : la rediffusion d'un vieil épisode à 15h, la rétrospective de la semaine écoulée à 18h30 et enfin le début d'une nouvelle histoire à 19h55. On frise l'overdose ? Non : Ulysse 31 reviendra presque chaque année à l'écran pendant dix ans sans que le succès ne faiblisse.

(Note : quelques-un des premiers épisodes d'Ulysse 31, dans leur version de 26 minutes, sont également rediffusés pendant les fêtes de Noël 1982. Pour le moment, cette diffusion très partielle et désordonnée n'est pas connue avec précision.)
 
 

Ulysse revient

La première double diffusion s'est terminée le samedi 3 avril 1982. Un an plus tard, Ulysse 31 est de retour pour sa première grande rediffusion, qui sera estivale. Le principe de la double diffusion (6 micro-épisodes de 5 minutes en semaine et 1 histoire complète le week-end) est conservé presque à l'identique : cette fois, le feuilleton quotidien se déploie du lundi au samedi, et la rediffusion de l'histoire complète se tient le dimanche. Pendant tout l'été, il est donc possible de regarder Ulysse 31 tous les jours sans interruption… À partir de septembre, toutefois, les choses changent et l'on revient à l'ancien système : feuilleton quotidien va du samedi au vendredi (dimanche excepté), avec rediffusion de l'épisode complet le samedi. (Cette dernière s'inscrivant dans la grille des programmes régionaux de FR3, vérifier dates et horaires est malaisé. Il est possible que le tableau récapitulatif proposé plus loin contienne des erreurs.)

Cette rediffusion est orchestrée par FR3 et ses partenaires pour être un succès : une nouvelle chanson de générique est produite par Haïm Saban, dont le texte répète à l'envi « Ulysse revient » presque comme pour annoncer le retour du Messie. Cette chanson sera utilisée pour la plupart des rediffusions ultérieures.

Une bizarrerie distingue cette diffusion des précédentes : l'ordre de succession des épisodes « Hératos » et « Les Fleurs sauvages » est inversé. Cette permutation entre ces deux épisodes va s'installer pour être reprise dans la plupart (sinon toutes) les diffusions ultérieures. Les différentes éditions DVD suivent elles aussi cet ordre modifié, différent donc de la toute première diffusion.

Le 22 octobre, alors qu'il restait neuf semaines de diffusion, qui conduisaient jusqu'au jour de Noël pour le dernier épisode, Ulysse 31 s'interrompt brutalement pour laisser place (le lundi 24 octobre) à une nouvelle série, Inspecteur Gadget.

(Note : Il semble qu'une diffusion partielle des épisodes de 26 minutes se soit tenue, chaque le dimanche matin, du 16 novembre 1986 au 11 janvier 1987. Pour le moment, le détail de cette diffusion n'est pas connu avec précision.)
 
 

Ulysse revient (encore et toujours)

C'est le lundi 12 janvier 1987 que commence la première grande double rediffusion intégrale d'Ulysse 31. La version quotidienne (6x5 minutes) est diffusée chaque soir du lundi au samedi, et l'épisode complet de 26 minutes est proposé le dimanche. De nouveau, Ulysse est à l'écran chaque jour de la semaine et cette fois, s'y tient jusqu'au bout de la série, donc pour une durée de six mois.

Au total, sur les six premières années de son existence sur le petit écran, Ulysse 31 occupe l'antenne pendant pas moins de 452 jours, pour un total de 490 épisodes diffusés au bas mot (en réalité, le cap des 500 épisodes a sans doute été franchi si l'on compte les apparitions de 1982 et 1986).

Deux autres diffusions doubles (micro-épisodes + épisodes longs) auront encore lieu dans les années qui suivent, l'une à partir du 3 avril 1989, l'autre à partir du 26 juin 1990. Ensuite, les rediffusions ne faiblissent pas (juillet 1992, mars 1995, mai 1996, septembre 1998…) mais ce sont désormais les épisodes de 26 minutes qui sont privilégiés. Aujourd'hui, la série est accessible à tous grâce à de multiples éditions DVD mais aucune n'offre la possibilité de voir Ulysse 31 dans sa version de 195 épisodes de 5 minutes, ce que l'on peut regretter.


Table des principales diffusions (1981-1987)

Le tableau suivant contient, épisode par épisode, toutes les dates de diffusion attestées jusqu'à fin 1987. J'ai croisé les listings de l'INA avec des notes personnelles et des magazines de télévision. J'indique les incertitudes par un point d'interrogation. Ce tableau a vocation à être corrigé et complété ; n'hésitez pas à me signaler les coquilles ou erreurs éventuelles.

ÉpisodePremière diffusion (1981-1982)
  • 6x5 min
    le samedi et du lundi au vendredi à 19h55
  • 26 min
    le samedi à 18h30
  • Rediffusion partielle (Noël 1981)
  • 26 min
    tous les jours à 15h
  • Deuxième diffusion (1983)
  • 6x5 min
    du lundi au samedi à 19h55,
    puis le samedi et du lundi au vendredi
  • 26 min
    le dimanche à 18h30,
    puis le samedi.
  • Troisième diffusion (1987)
  • 6x5 min
    du lundi au samedi à 19h55
  • 26 min
    le dimanche à 09h30
  • 1Le Cyclope ou la malédiction des Dieux
    6x5 min3 & 5-9 octobre 198127 juin-2 juillet 198312-17 janvier 1987
    1x26 min10 octobre 198121 décembre 19813 juillet 198318 janvier 1987
    2HératosLes Fleurs sauvages
    6x5 min10 & 12-16 octobre 19814-9 juillet 198319-24 janvier 1987
    1x26 min17 octobre 198122 décembre 198110 juillet 198325 janvier 1987
    3Les Fleurs sauvagesHératos
    6x5 min17 & 19-23 octobre 198111-16 juillet 198326-31 janvier 1987
    1x26 min24 octobre 198123 décembre 198117 juillet 19831er février 1987
    4Chronos
    6x5 min24 & 26-30 octobre 198118-23 juillet 19832-7 février 1987
    1x26 min31 octobre 198124 décembre 198124 juillet 19838 février 1987
    5La Planète perdue
    6x5 min31 octobre & 2-6 novembre 198125-30 juillet 19839-14 février 1987
    1x26 min7 novembre 198125 décembre 198131 juillet 198315 février 1987
    6Éole ou le coffret des vents cosmiques
    6x5 min7 & 9-13 novembre 19811er-6 août 198316-21 février 1987
    1x26 min14 novembre 198126 décembre 19817 août 198322 février 1987
    7Sisyphe ou l'éternel recommencement
    6x5 min14 & 16-20 novembre 19818-13 août 198323-28 février 1987
    1x26 min21 novembre 198127 décembre 198114 août 19831er mars 1987
    8La Révolte des compagnons
    6x5 min21 & 23-17 novembre 198115-20 août 19832-7 mars 1987
    1x26 min28 novembre 198121 août 19838 mars 1987
    9Le Sphynx
    6x5 min28 & 30 novembre-4 décembre 198122-27 août 19839-14 mars 1987
    1x26 min5 décembre 198128 août 198315 mars 1987
    10Les Lestrygons
    6x5 min5 & 7-11 décembre 198129 août-3 septembre 198316-21 mars 1987
    1x26 min12 décembre 19814 septembre 198322 mars 1987
    11Charybde et Scylla
    6x5 min12 & 14-18 décembre 19815-9 septembre 1983 [?]23-28 mars 1987
    1x26 min19 décembre 198110 septembre 1983 [?]29 mars 1987
    12Le Fauteuil de l'oubli
    6x5 min19 & 21-25 décembre 198110 & 12-16 septembre 198330 mars-4 avril 1987
    1x26 min26 décembre 198117 septembre 1983 [?]5 avril 1987
    13Les Sirènes
    6x5 min26 & 28 décembre 1981-1er janvier 198217 & 19-23 septembre 19836-11 avril 1987
    1x26 min2 janvier 198224 septembre 1983 [?]12 avril 1987
    14Le Marais des doubles
    6x5 min2 & 4-8 janvier 198224 & 26-30 septembre 198313-18 avril 1987
    1x26 min9 janvier 19821er octobre 1983 [?]19 avril 1987
    15La Deuxième Arche
    6x5 min9 & 11-15 janvier 19821er & 3-7 octobre 198320-25 avril 1987
    1x26 min16 janvier 19828 octobre 1983 [?]26 avril 1987
    16Circé la magicienne
    6x5 min16 & 18-22 janvier 19828 & 10-14 octobre 198327 avril-2 mai 1987
    1x26 min23 janvier 198215 octobre 1983 [?]3 mai 1987
    17Nérée ou la vérité engloutie
    6x5 min23 & 25-29 janvier 198215 & 17-21 octobre 19834-9 mai 1987
    1x26 min30 janvier 198222 octobre 1983 [?]10 mai 1987
    18Le Labyrinthe du Minotaure
    6x5 min30 janvier & 1er-5 février 198211-16 mai 1987
    1x26 min6 février 198217 mai 1987
    19Atlas
    6x5 min6 & 8-12 février 198218-23 mai 1987
    1x26 min13 février 198224 mai 1987
    20Le Magicien noir
    6x5 min13 & 15-19 février 198225-30 mai 1987
    1x26 min20 février 198231 mai 1987
    21Les Révoltées de Lemnos
    6x5 min20 & 22-26 février 19821er-6 juin 1987
    1x26 min27 février 19827 juin 1987
    22La Cité de Cortex
    6x5 min27 & 29 février-5 mars 19828-13 juin 1987
    1x26 min6 mars 198214 juin 1987
    23Ulysse rencontre Ulysse
    6x5 min6 & 8-12 mars 198215-20 juin 1987
    1x26 min13 mars 198221 juin 1987
    24Les Lotophages
    6x5 min13 & 15-19 mars 198222-27 juin 1987
    1x26 min20 mars 198228 juin 1987
    25Calypso
    6x5 min20 & 22-26 mars 198229 juin-4 juillet 1987
    1x26 min27 mars 19825 juillet 1987
    26Le Royaume d'Hadès
    6x5 min27 & 29 mars-2 avril 19826-11 juillet 1987
    1x26 min3 avril 198212 juillet 1987

     
    © Hervé Lesage de La Haye, 3 octobre 2016.


    mardi 21 juillet 2015

    35 ans après, l'épisode pilote d'Ulysse 31 enfin retrouvé en français

    En 2007, cette ébauche de premier épisode apparaissait sur Internet doublée en japonais. Enfin retrouvée, sa version française d'origine permet de voir Ulysse 31 tel qu'il a failli arriver sur nos écrans à l'automne 1980.

    (Premier extrait)


    Ulysse 31 est un cas à part dans l'histoire du dessin animé français : une série conçue et écrite par des scénaristes français (Jean Chalopin et Nina Wolmark), créée graphiquement par des dessinateurs français (François Allot, Philippe Adamov et Bernard Deyriès), puis adaptée par des graphistes japonais et animée au Japon sous la direction conjointe de réalisateurs français et japonais.

    Dans cette coproduction, le savoir-faire japonais a servi les ambitions d'un scénario aux résonnances universelles, inspiré d'Homère et de la mythologie grecque. Pourtant, le chemin avait été long, de l'ébauche du projet, porté par la DIC, petite société de production tourangelle devenue multinationale, jusqu'à sa mise en production avec le studio japonais TMS. De grandes tensions entre les équipes françaises et japonaises, et peut-être à un degré comparable, de grandes tensions au sein même de l'équipe française, ont parfois menacé le projet de ne jamais arriver à bon port.

    Légendes

    En 1980, le réalisateur français René Borg est aux commandes du premier épisode de la série, en tandem avec le réalisateur japonais Shigetsugu Yoshida. La tension est considérable. Borg est habitué aux productions expérimentales ou artisanales, et tient en horreur l'animation industrielle. Il veut imposer à l'animation Ulysse 31 des exigences techniques qui dépassent les standards de la production télévisée japonaise. De son côté, le personnel du studio japonais TMS a sa manière de travailler, et ne peut se plier, à coût égal, aux exigences d'un Français par ailleurs guère diplomate et à la parole peu amène quand il évoque l'animation à la japonaise. De surcroît, pour la DIC, la société de production française, les délais sont courts : il faut absolument présenter un premier épisode complet à Cannes, au Marché international des programmes de télévision (MIP-TV), en avril 1980, pour vendre la série aux diffuseurs du monde entier. Si l'on ajoute à cela l'éloignement géographique, on peut accorder quelque crédit à la légende qui veut que Jean Chalopin (scénariste et producteur) et Gilbert Wolmark (directeur commercial, époux de la coscénariste Nina Wolmark) découvrent cet épisode à Cannes, peu avant qu'il soit projeté, et tombent des nues.

    L'Odysseus de 1980, dit « le pneu »

    L'épisode est faible dramatiquement, peu conforme graphiquement à l'idée qu'ils s'en faisaient, et beaucoup d'idées ne fonctionnent pas une fois animées. Le vaisseau d'Ulysse, en particulier, est une catastrophe. Immédiatement, la décision est prise : cet épisode ne peut pas être montré aux professionnels. Il ne peut pas être conservé en l'état. Il faut tout refaire, il faut s'en donner le temps. C'est raté pour le MIP de 1980, cela donne une année complète pour corriger le tir.

    Une autre légende veut que René Borg, sous prétexte que cet épisode contenait un plan (un seul plan !) qui n'était pas animé selon ses critères de qualité, annonce, à peu près au même moment, qu'il jette l'éponge. Jean Chalopin fait tout pour le convaincre de rester, mais René Borg n'est pas homme à revenir sur une décision, même prise sous le coup de la colère ; il restera donc dans l'équipe avec la fonction honorifique de « conseiller artistique ».

    D'aucuns chuchotent que cette légende est celle que Borg s'est bâtie et que la réalité est sans doute moins romantique : le refus d'exploiter « son » épisode sonne pour lui comme un désaveu et il n'a pas d'autre choix que de se retirer. Mais Borg est, aussi, celui qui a conçu l'idée (brillante) de Nono le petit robot, et qui a dessiné le personnage. Ulysse a besoin de Nono. La production a encore besoin de René Borg. C'est peut-être la première raison pour laquelle, malgré le fiasco du printemps 1980, l'homme conserve un poste et verra son nom au générique de la série.

    Nono et Ulysse

    La suite, elle, est mieux connue : le tout jeune Bernard Deyriès, adoubé par ses pairs de la TMS, prend la direction de la réalisation, et se met au travail avec l'équipe japonaise. Le design de la plupart des personnages est revu, notamment par le directeur de l'animation Shingo Araki, et les 26 épisodes de la série sont animés à la japonaise. Le résultat arrive donc sur le petit écran français à l'automne 1981, avec un an de retard, et connaît un succès sans précédent. Ulysse 31, maintes fois rediffusé au cours des décennies suivantes, s'impose comme un classique. À la fin des années quatre-vingt-dix, l'explosion du marché vidéo des séries animées permet à Ulysse de connaître quatre intégrales successives, d'abord en VHS (1999), puis en DVD (2002, 2005, 2007), pour un succès commercial qui ne se dément pas.

    L'une des jaquettes fantaisistes de 2007
    (cliquer pour agrandir)

    Récupération

    Entre temps, la vague du dessin animé japonais et celle du manga ont déferlé sur le public français et la génération des premiers spectateurs d'Ulysse 31, trentenaires et jeunes quadras, a procédé à une paradoxale récupération de leur série comme objet japonais, forcément japonais : oubliés Allot et Adamov, ce sont Shingo Araki et Michi Himeno qui concentrent l'admiration des fans. On ne prête qu'aux riches : Araki, directeur de l'animation d'Ulysse 31, a dessiné et animé Goldorak et Les Chevaliers du Zodiaque, objets de culte pour le public français. Pourtant, il suffit de voir certaines esquisses de décors ou de personnages signées d'Allot et d'Adamov pour constater à quel point elles sont proches de ce que l'on voit à l'écran dans la série terminée.

    Par contamination, cette amnésie touche même les jaquettes des DVD français de 2007, où des crédits quasi révisionnistes entérinent cette vision japanophile, niant l'évidence consignée pourtant dans les titres du générique de fin ; cerise empoisonnée sur ce gâteau, le nom de Nina Wolmark disparaît totalement, au profit du nom de Chalopin, crédité comme seul créateur et auteur de la « structure scénaristique », ce qui suggère que même le scénario, au fond, n'est pas le fait d'auteurs français. (La mention de René Borg au titre de « conseillé artistique » suggère toutefois que ces jaquettes ont été réalisées à la va-vite et que leur contenu n'a pas été vérifié.)

    2005, 2007 : on reparle du pilote

    Le premier épisode rejeté de 1980, lui, a sombré dans l'oubli. Le grand public ignore son existence. En 2005, lorsque la série connaît les honneurs d'une édition DVD « premium », pas exempte de défauts mais bénéficiant d'une présentation luxueuse, les livrets évoquent cet épisode comme le pilote de la série et en offrent même quelques images. Mais l'éditeur se trompe : une partie des images reproduites sont des images promotionnelles antérieures à la réalisation du premier épisode d'avril 80 ; ce sont des études sur cellulos, magnifiques, mais pas des photogrammes. Le mélange des photogrammes authentiquement tirés du pilote et de ces dessins préparatoires donne une idée fausse de cet épisode disparu et l'embellit plutôt : les superbes images spatiales réalisées par Manchu sont très éloignées des vaisseaux plutôt tristes qui ont réellement été animés à l'écran.

    En avril 2007, un Japonais dépose, sur une plate-forme de partage, la numérisation d'une VHS très abîmée : celle du premier épisode abandonné de 1980. La vidéo est ravagée par le temps, les dialogues sont en japonais non sous-titré… la chose aurait pu passer totalement inaperçue. Mais Ulysse 31 a ses fans, et très vite, cet épisode que l'on s'accorde à appeler « pilote » fait le tour des sites d'hébergement de vidéos. À l'été 2015, on en compte une quinzaine d'avatars sur Youtube et Dailymotion, parfois d'un seul tenant, le plus souvent scindé en deux ou trois parties ; le tout dépasse les 95 000 vues. Pas mal, pour un film vieux de trente ans et qui a été jugé commercialement inexploitable.


    En France, ce petit film est reçu avec curiosité et intérêt, mais il n'est que très peu chroniqué et commenté. Détail décevant, en huit années, il semblerait qu'aucune communauté de fans n'ait pris le temps de créer une version sous-titrée en français ; la portée de cet épisode en est évidemment réduite.

    Par ailleurs, la question de l'existence même d'une version française pour cet épisode se pose. Dans leur ouvrage de référence consacré aux productions de la DIC (Les Séries de notre enfance, Pollux, 2012), Maroin Eluasti et Nordine Zemrak indiquent que Jean Chalopin n'a pas conservé de copie de ce pilote, mais ne donnent guère de précision sur la langue dans laquelle il a été écrit et doublé. Sur l'indispensable Planète jeunesse, la fiche consacrée à Ulysse 31 évoque l'hypothèse d'une version française, sans toutefois la valider.

    Le cyclopeLe chef des moines prend Noumaïos en otage

    Depuis son apparition sur le web en 2007, inévitablement, l'absence de dialogues français renforce donc le sentiment que ce pilote est le brouillon japonais d'une série franco-japonaise et empêche de le prendre pour ce qu'il est : le premier épisode que les spectateurs français ont failli voir à l'automne 1980.

    La VF retrouvée

    Aujourd'hui, grâce à un professionnel de l'animation qui en a conservé une copie VHS, je confirme ici-même que cet épisode français a existé et existe encore.

    La copie numérique que j'ai à ma disposition est abîmée, autant que la copie japonaise de 2007, et légèrement incomplète car une vingtaine de secondes de dialogue sont effacées. Mais il s'agit d'un document de grande valeur, qui révèle une étape passionnante dans la genèse de ce classique du dessin animé. Détail inattendu, le montage de ce pilote français est très légèrement différent du pilote japonais, la première apparition du « pneu » ayant été judicieusement coupée.

    Grâce à cette copie, grâce aux dialogues français qui permettent enfin d'entrer dans le récit, il est possible de mesurer vraiment combien celui-ci, dans son premier tiers, diffère de ce qu'il sera dans l'épisode définitif. Plusieurs petites séquences disparaîtront totalement. Et pour la toute première fois, il est possible d'entendre l'Ulysse de 1980 s'adresser à son équipage avec la voix… du capitaine Flam.

    (Deuxième extrait)


    Ulysse parle avec la voix du capitaine Flam

    Ici même, dans un prochain billet, je proposerai une comparaison détaillée du premier épisode d'Ulysse 31 à son brouillon de 1980. Voici, dès aujourd'hui, quelques éléments que j'ai jugés particulièrement saillants.

    – Le personnage d'Ulysse
    Présenté comme mi-homme, mi-machine, Ulysse fusionne avec une boule d'énergie, « 31 », qui lui permet de se régénérer et de dépasser ses facultés humaines en devenant « Ulysse 31 ». Cet élément, fondamental dans la série première manière, a été totalement éliminé ensuite.
    En outre, Ulysse présente en plusieurs occasions une personnalité moins lisse qu'en 1981 : visage tordu par la colère dans certains plans, massacre des moines-cyclopes par le fil de l'épée à un autre moment. Ces aspérités, derniers vestiges de l'Ulysse guerrier dépeint par Homère, ne seront pas conservées.

    Colère, rage, fureur sur le visage d'Ulysse

    – Les voix des personnages
    Le doublage de 1980 est très éloigné du doublage définitif, même si certaines voix resteront (en particulier Jean Topart dans le rôle de Zeus). En 1980, c'est le très reconnaissable Philippe Ogouz qui incarne Ulysse. Ulysse parle avec la voix française de capitaine Flam !
    Les enfants (Télémaque et Thémis) sont incarnés par des comédiens manifestement très jeunes et peu expérimentés, sans doute des amateurs.

    – La musique
    Non seulement la bande sonore de ce pilote est absolument différente de la série (dont les musiques ont été enregistrées début 1981), mais encore est-elle radicalement différente, également, du pilote japonais. Pourquoi ? mystère… Nous y reviendrons.

    – Les effets spéciaux
    L'ambition initiale de la DIC était d'intégrer à Ulysse 31 des images de synthèse et, en particulier, d'animer le vaisseau du héros par ordinateur. Sur ce point, le résultat fut une déception et l'apparente bonne idée de départ, un vaisseau en forme de « tore » et tournant sur lui-même, s'est transformé en une chose que l'équipe a immédiatement appelée, par dérision, le « pneu ». Très certainement, c'est l'un des principaux éléments qui ont conduit à la décision du MIP de reprendre cet épisode à zéro.

    Diffusion

    Aujourd'hui, je plaide pour la restauration et l'exploitation de ce pilote. Esthétiquement, techniquement, narrativement, cet épisode est passionnant. Il change de manière radicale le regard que l'on porte sur l'ensemble de la série Ulysse 31 et, à ce titre, s'inscrit de manière incontestable dans le patrimoine mondial du dessin animé.

    (Troisième extrait)


    J'ai pu lire ici et là que René Borg avait farouchement gardé ce film dans ses archives pour s'assurer qu'il ne « sorte » pas. C'est possible. Depuis la disparition de René Borg, en 2014, peut-être la question mérite-t-elle d'être posée de nouveau. Je l'ai posée, il y a peu, à Nina Wolmark, qui a exprimé beaucoup de réticences : pour un créateur, montrer ses brouillons a quelque chose d'incongru, et cet épisode est un brouillon. Il faudrait poser la même question à Jean Chalopin, avec le risque d'une réponse similaire.

    Toutefois, puisqu'il a traversé le temps jusqu'à nous, notre premier devoir, avant d'envisager de le montrer, c'est de le conserver, de le sauvegarder. Ce pilote, qui a été photographié en 35 mm, existe quelque part sous forme de pellicule. Les négatifs, sans doute, sont au Japon. Des positifs 35 mm, sans doute, sont conservés par un laboratoire français (sauf à considérer que le montage son-image de la version française ait été fait au Japon, ce qui est improbable). Il reste à localiser ces bobines, à les numériser. Il sera bien temps, ensuite, de discuter, de décider.

    Pour ne forcer la main de personne, j'ai choisi de ne pas « partager » (comme disent pudiquement les pirates) de copie intégrale de cet épisode. L'essentiel est qu'il existe, plus personne ne peut en douter, j'en atteste ici avec trois courts extraits qui convaincront les incrédules. Le reste est question de volonté. C'est tout pour aujourd'hui !

    © Hervé Lesage de La Haye, 2015.


    Fiche technique

    ULYSSES 31
    [Ulysse 31, épisode pilote]
    Durée : 23'43
    Idée originaleNina WOLMARK
    Jean CHALOPIN
    AnimationNobuo TOMIZAWA
    Tsukasa TANNAI
    DécorsNizo YAMAMOTO
    Banc-titreHirokata TAKAHASHI
    BruitagesYozo KATAOKA
    MontageMasatosi TURUBUCHI
    Assistants réalisateursPierre JODON
    Michel BOULÉ
    Animation sur ordinateurGilbert COMPARETTI
    sur les calculateurs du C.I.S.I. France
    COMPUTER IMAGE DENVER (USA)
    René STEICHEN
    RTL Production (Luxembourg)
    Produit parYutaka FUJIOKA
    et
    Jean CHALOPIN
    RéalisationRené BORG
    Shigetsuru YOSHIDA
    © DIC - TMS 1980

    VOIX
    UlyssePhilippe OGOUZ
    TélémaqueMorvan SALEZ
    NonoAndré CHAUMEAU
    NestorFrançois CHAUMETTE
    Chef des moinesMichel VOCORET
    NoumaïosGilles LAURENT
    Médecin de bordGérard HERNANDEZ
    PoséidonGeorges AMINEL
    ZeusJean TOPART
    (restent à identifier)
    Narrateur?
    Shyrka?
    Euryclée?
    Thémis?

     
      Sources principales :
    — Maroin Eluasti et Nordine Zemrak, Les Séries de notre enfance, Pollux, 2012.
    — « Ulysse 31, la genèse d'une série culte », in Ulysse 31, édition premium, 2 coffrets de 5 DVD, IDP Home Video Music, 2005.
    — Une analyse du pilote, à partir de sa version japonaise, le comparant à l’épisode 1 définitif :
    http://fr.aeriesguard.com/Ulysse-31-l-episode-pilote
    — Annonce de la mise en ligne du pilote japonais en 2007 :
    http://www.catsuka.com/news/2007-04-29/web-pilote-d-ulysse-31
    — Fiche du pilote sur AnimeBase (contient erreurs & imprécisions)
    http://www.animeland.com/animebase/anime/voir/2100/Ulysse-31-pilote
    — Fiche de la série sur Planète jeunesse (mentionne le pilote et la possibilité d’une version française) :
    http://www.planete-jeunesse.com/fiche-30-ulysse-31.html

    Merci à Arachnée et à David pour leur aide dans l’identification des comédiens de doublage.






    mercredi 22 avril 2015

    À Grenoble, les Mondes engloutis

    Dans le cadre du colloque Imaginaire sériel, qui se tiendra à Grenoble les 28 et 29 mai 2015, j’aurai l'immense plaisir de proposer une communication consacrée à la série animée Les Mondes engloutis.

    J'étudierai particulièrement les avatars du mythe de l'éternel retour dans l'ensemble de la série, en m'attachant à montrer comment les contraintes de production ont influencé la marche du récit et la manière dont ces contraintes ont parfois (parfois, pas toujours) été sublimées avec bonheur par les scénaristes et le réalisateur.

    Le programme du colloque est en ligne. Mon intervention est prévue le vendredi 29 mai à 11h40 ; en voici le résumé.


    Éternel retour : échos, reflets, réitérations dans Les Mondes engloutis

    Série de dessins animés pour la jeunesse conçue, écrite, produite par Nina Wolmark et réalisée par Michel Gauthier, Les Mondes engloutis (1984-1986) a marqué la sortie du dessin animé français de l'ère artisanale.

    En deux saisons de 26 épisodes, Les Mondes engloutis se distingue, dans le champ de la sérialité, par un traitement original où la tension vers l'avant est sans cesse contrariée par des effets de redite.

    Ces effets sont, d'abord, générés par des contraintes de production : pour des raisons de coût, auteurs et réalisateur se voient imposer la réutilisation de personnages, de décors, de plans, voire de séquences complètes. Sous forme de clins d’œil, de comique de répétition ou de retrouvailles avec des lieux et personnages déjà rencontrés, cela génère pour le jeune spectateur un effet de familiarité bienvenu.

    Mais plus profondément, ces redites font sens car s’accompagnent d'une conception cyclique de l’Histoire qui se dessine à la fois dans le temps et dans l'espace, des événements identiques ayant lieu à différentes époques à la fois au centre et à la surface de la terre : les jeunes héros rencontrent, dans des mondes souterrains, les alter-ego de personnages historiques du passé qui revivent, au présent, des événements identiques. Mieux : les héros eux-mêmes revivent, en une occasion, des scènes de leur propres aventures passées. Dans cette perspective, il est remarquable qu'un épisode complet soit explicitement inspiré de Nietzche et cite même la notion d'éternel retour, pour en faire un moteur de fiction.

    Le docteur Test fait revivre aux héros
    des péripéties d'épisodes passés
    Bob face à l'inquiétant Zara,
    inspiré du Zarathoustra nietschéen

    Le paradoxe des Mondes engloutis est que la redite, le retour en arrière, le retour au point de départ à la fin de chaque épisode soulignent et bloquent en même temps la sérialité, dans un récit-cadre qui est condamné à ne pas progresser et qui fait de cette contrainte l'un des thèmes principaux du récit.

    La tension vers l'avant qui fait effet de série se bloque ici dans un piétinement, une forme d’esthétique de la déception qu'appuient encore les accents volontiers ésotériques du scénario et qui confère aux Mondes engloutis une tonalité unique pour une série enfantine.

    Hervé de La Haye
    Images : http://www.dvdanime.net/

    dimanche 20 juillet 2014

    Publication : Ulysse dans l'espace - Recomposition des mythes grecs dans Ulysse 31

    J'ai reçu avant-hier soir un exemplaire du livre L'Antiquité dans l'imaginaire contemporain : fantasy, science-fiction, fantastique, paru le 8 juillet et dans lequel on peut trouver mon article « Ulysse dans l'espace - Recomposition des mythes grecs dans Ulysse 31 » (références bibliographiques complètes en fin d'article).

    Ce livre rassemble les actes du colloque l'antiquité gréco-latine aux sources de l'imaginaire contemporain qui s'est tenu à Rouen et Paris les 7, 8 et 9 juin 2012, et auquel j'avais eu l'honneur de participer.

    À l'époque, un compte-rendu de ce colloque avait paru sur le blog Les plumes asthmatiques, que je cite avec d'autant moins de scrupules que j'ai découvert seulement un an plus tard que mon intervention avait eu l'heur de retenir l'attention du chroniqueur.
    L'après-midi, deux communications nous ont particulièrement réjouis : celles d'Hervé de La Haye et d'Isabelle Casta.

    Le premier s'intéressait à un dessin animé qui a fait le bonheur de nombreux enfants : Ulysse 31. Cette série télévisée, créée par Nina Wolmark et Jean Chalopin en 1981, est un cas rare de dessin animé pour la jeunesse proposant de véritables intrigues de science-fiction et présentant une expérience paradoxale de réutilisation des mythes grecs. À travers 26 épisodes, cette co-production franco-japonaise ne s'est pas contentée d'actualiser l'Odyssée d'Homère dans le lointain futur mais elle a proposé des aventures tirées d’autres mythes (Ulysse rencontre alors Sisyphe ou Orphée, se bat contre le Minotaure, etc.), soulignant « la force inentamée de ces schémas venus de l’Antiquité et offerts aux jeunes spectateurs d’aujourd’hui ». Ulysse, accompagné de son fils Télémaque, devient l'aède qui se charge de mimer au spectateur des années 80 et 90 les mythes d'hier dans un futur où la mythologie a été oubliée, effacée de la mémoire collective. Hervé de La Haye a donc démontré que l'enjeu d'Ulysse 31 n'était donc pas « la fidélité au texte d'Homère mais la restitution, dans un univers qui est le leur, de récits et personnages mythiques, avec toute leur force, sous quelque forme que ce soit — ici, une épopée de science-fiction ».

    L'article présent dans le livre reprend donc, sous une forme que j'espère améliorée, ce qu'avait été ma contribution à ce colloque ; en voici, en français et en anglais, un résumé.
    Série animée pour la jeunesse, Ulysse 31 se donne comme transposition de l’Odyssée dans un futur de science-fiction. Sans didactisme, mais posant régulièrement la question de la transmission, la série offre la synthèse de toute une mémoire culturelle dont la recomposition est l’un de ses principaux enjeux.

    Ulysses 31, an animated series for children, presents itself as a transposition of Homer's Odyssey into a science-fictional future. Without being too didactic, the series still manages to cleverly transmit and synthesize the cultural memory it aims to recompose.

    Pour en dire peut-être un peu plus, voire, pourquoi pas ?, vous donner envie de lire cet article, voici, dans le style télégraphique, quelques précisions sur ce qu'il contient et propose :

    I. — Lecture d'Ulysse 31 comme adaptation de l'Odyssée pour le jeune public. Importance des scènes familiales. Comment Ulysse devient père et mentor.
    — Éléments d'attraction. Comment on invente Nono le petit robot. Le personnage de Thémis.
    II. — Contraintes ayant pesé sur cette adaptation. Contraintes techniques et financières. Droit de regard de l'industrie du jouet.
    — De l'épopée à la tragédie. Comment les contraintes du médium font glisser d'un genre à l'autre.
    — Captain Ulysse : Ulysse 31, saga de science-fiction de son temps. L'Ulysse du futur ne connaît pas la mythologie. Au secours des personnages d'Homère.

    Je termine ce billet en livrant quelques-uns des photogrammes que j'avais choisis pour illustrer mon propos, en 2012, et qui ne sont pas reproduits dans sa version imprimée. Et vous remercie de votre attention.

    Hervé de La Haye

    Ulysse et les enfants prennent le thé Ulysse délivre la morale de l'épisode Nono le petit robot Thémis
    Les compagnons Ouverture de l'épisode pilote Ulysse face au Sphynx Télémaque et son double homérique


    L'Antiquité dans l'imaginaire contemporain - Fantasy, science-fiction, fantastique, sous la direction de Mélanie Bost-Fievet et Sandra Provini, Classiques Garnier, coll. « Rencontres », 2014.
    ISBN 978-2-8124-2993-4

    lundi 26 mai 2014

    Le troisième Jérôme

    Après des mois de soupçons ignobles qui nous ont tous « profondément choqués », après le temps des rumeurs, fondées peut-être, blessantes toujours, après l'exercice humiliant des dénégations dont seul le camarade Jérôme C., à ma gauche, connaît le goût de fiel, voilà que se lève enfin un homme pour dire « oui, les comptes de campagne de mon parti étaient truqués ».

    Que cet homme, à ma droite, porte le nom de Jérôme L. dit toute l'ironie dont est capable l'Histoire, la grande, qui s'écrit sous nos yeux.

    Que cet homme intervienne, « les larmes aux yeux », pour dire sa faute et laver de tout soupçon ses pairs Jean-François C. et Nicolas S., c'est d'une beauté qui force, plus encore que la confiance, une admiration sans partage.

    Qu'un parti en pareille déconfiture, surtout, ait réussi à trouver un tel homme dans ses rangs, prêt à poser sa tête sur le billot, à la merci d'une justice qui ne craint pas de se déshonorer en brandissant une hache trempée dans l'acide de médiapartisans, cela devrait suffire, en ces temps difficiles, à rendre foi en la politique, en ses appareils, en ses hommes ; et je pense alors à ce premier Jérôme, Jérôme K., fauché en plein vol par la raison du plus fort et qui lui non plus, n'a pas hésité à affronter une condamnation unanime, sauvant du même coup un système qui fonctionne.

    Alors, se rappelant le chant funèbre qui s'élevait jadis d'une séquence méconnue du film Le Retour du grand blond (« non, François Perrin, tu n'es pas mort pour rien ! »), mon âme de citoyen, de patriote et d'européen chante à son tour : « Non, Jérôme L., comme Jérome K., tu n'auras pas fait ça en vain ! Tu nous fais, chacun de nous, grandir comme citoyen ! »

    À vous trois, les Jérôme, pour votre courage, pour votre droiture, pour avoir pris sur vous le péché du monde, merci.

    Vive la République. Vive la France.